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Surtout, surtout, ne jamais perdre l'idée que des gamins travaillent pour Coca-Cola au fin fond de l'Afrique, que des petits aux yeux bridés s'acharnent à coller des semelles pour Nike à une cadence infernale pendant que d'autres crèvent comme des mouches les uns après les autres en braquant sur eux un de ces projecteurs innocents et qu'on applaudit chaudement, nous, avachis sur nos canapés en cuir 100% .
*Si seulement ils savaient le bien fou qu'ils me font.*
Les misères du monde détournent ma vue de la contemplation de mes propres idéaux. Par un charme étrange, les calamités de l'univers diminuent tout ce que j'aurai pu endurer autrement : je n'ose entamer ma plainte quand tout souffre.
C'est toute une conception, vous savez.
Jamais, je crois, je n'ai été aussi rémuée psychologiquement de toute ma vie.
En fait, je crois que je deviens parano. Une 100% dingue ne s'en rendrait pas compte, disons que je le suis seulement à 90%. Cest largement suffisant.
C'est épatant comment en de circonstances hasardeuses, on peut se rendre compte de mille et une choses qui avant nous semblaient si dérisoires. Comment tout peut partir d'un simple détail, comment j'ai la capacité de me mettre en quatre, en huit, en douze pour des choses qui avaient une vraie valeur à mes yeux, mais au fond, en foutant tout en l'air royalement. Comment on peut se tromper grossièrement, fourvoyée par tous les indices du mondes, en désabusant le "politiquement correct" si longtemps prôné et en trangressant des limites si insondables. J'étais prète à tout, vraiment tout. Mais pas à ca.
J'étais si bien parée, pourtant.
Maintenant, c'est du "jeu m'enfoutisme." Un jeu d'apaprence si facile à comprendre. Se foutre du tout, de rien, de toute chose capable et susceptible d'être "enfoutue". Une désinvolture absolue. Un détachement inébranlable.Je mettais tellement d'importance en chaque chose, je n'en mettrai plus désormais. Pourtant je savais que c'était à mes risques et périls. Plus de danger, plus d'attentes, plus d'espoirs, plus de reproches, plus rien. Ce n'est plus de mon ressort, je n'ai plus le courage, ni la force. Maintenant, il faut juste tout tourner en dérision, en se disant malgré soi qu'on en rira dans cinquante ans en y repensant, qu'au fond, ce n'est qu'une impasse, un mauvais moment à passer, une période éphémère qui s'étouffera comme toutes les autres, parce qu'il y en a eu d' autres. Arrêter, juste arrêter de me poser des questions, cesser toute prise de tête et toute complexité d'esprit. Prendre les choses telles qu'elles sont, point. Ne plus jamais chercher le pourquoi du comment et les origine du monde. Que tout le monde me foute la paix, qu'on se centente de me demander ce que j'ai fait de beau aujourd'hui. La simplicité et la facilité même, c'est vrai. Meme si, à mes heures perdues, l'emprise de ces choses me rattrape d'un coup et que je me sens défaillir doucement face au monde. Mais que c'est bon.
Mon Dieu, j'en jouirai presque.
Quand je vous disais que je devenais parano, ce n'était pas un euphémisme.Photo : Skeev.