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J'ai perdu.
Tout à vrai dire.
Cette aisance dans l'écriture, cette passion pour les mots, ce délicieux plaisir de lire, cette inclination respectueuse face aux plus grands .
Je titube sur chaque mot, me heurtant aux propres limites de mon inspiration et de ma créativité. L'impression de trébucher sur mes idées, le sensation insupportable de parvenir presque à en discerner le sens, mais au dernier moment, comme dans un dernier élan de déclin, chavirer en constatant que mes efforts ne sont voués qu'à l'échec.
J'avais foi en eux. Aux mots. C'était mon credo sans issue, ma religion presque innée.
Mais je m'étais corrompue moi-même par ces convictions sans fondement.
Désillusion. Celle de constater que mes grandes théories étaient loin de s'appliquer à la réalité .Comment pourrai-je aimer les mots, alors que ceux-ci ne semblent qu'engendrer des situations encore plus complexes, des enchevêtrements de pensées encore plus inextricables ? Comment peuvent-ils sembler si insignifiants, si superflus et stériles pour certains, alors que je serai capable de ne jurer que par eux ? Comment les aimer, alors que les mots les plus beaux, les plus forts et délicats me sont interdits par des circonstances hasardeuses ?
Cette violence dans les mots, cette vulgarité puérile, ce non-respect cinglant. Puis ma réponse par ce mutisme, ce silence religieux, cette aphasie sans nom qui ont fait de moi ce que je ne suis pas. Fuir, sans confrontation, seul moyen d'apaiser mon dégoût profond, ma haine répulsive, mon désespoir navrant.
Je me suis égarée moi-même à force de me taire.
Désigner chaque sentiment, chaque intuition, chaque émotion dans une dérisoire volonté de la rendre concrète. Cette tentative d'être, de transcrire l'indicible lorsque les actes se dérobent sous les maux, de donner corps à ce qui pouvait exister en moi.
Mais plus encore qu'une thérapie,à travers l'écriture, c'était cette puissance ineffable face à mes pensées. Rien ne me subsistait. Ne semblait du moins. Je ne me sentais maître de mes mots, mais au delà encore, j'étais maître de ma propre personne. Et c'était cette connaissance parfaite de mon être qui suscitait autrefois tant d'autosatisfaction et d'assouvissement. Une impression d'accomplissement personnel, d'introspection insondable, d'aboutissement dans cette quête de soi. Ma quête.
Je n'abandonnerai pas.
Tanpis pour ceux à qui mes mots ne plaisent pas.
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